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Religions au Japon

Les Japonais sont-ils bouddhistes, shintoïstes… ET sans religion ?

Lorsqu’ils visitent le Japon, les voyageurs francophones me posent souvent les mêmes questions : Quelle est la religion des Japonais ? Quel est le pourcentage de bouddhistes et de shintoïstes au Japon ?

La réponse est moins simple qu’il n’y paraît. Au Japon, beaucoup de personnes participent à des rites bouddhistes et shintoïstes sans nécessairement se considérer comme croyantes. Pour comprendre cette particularité, il faut regarder à la fois les statistiques et les habitudes de la vie quotidienne.

Article écrit par Mayu, guide-interprète francophone à Tokyo

religions au Japon

Quelles sont les principales religions au Japon ?

Les deux traditions religieuses les plus importantes au Japon sont le shintoïsme, originaire de l’archipel, et le bouddhisme, arrivé d’Asie continentale au VIe siècle.

Le shintoïsme accorde une place centrale aux kami, des divinités ou forces sacrées associées notamment à la nature, à certains lieux et aux ancêtres. Le bouddhisme, quant à lui, est une tradition née en Inde et transmise au Japon via le continent asiatique. Il existe plusieurs écoles bouddhistes, avec des enseignements et des pratiques variés.

Le christianisme et d’autres religions sont également présents au Japon, mais ils représentent une part beaucoup plus faible de la population.

Combien y a-t-il de bouddhistes et de shintoïstes au Japon ?

Les chiffres officiels peuvent surprendre.

Selon les statistiques religieuses publiées par l’Agence japonaise des affaires culturelles (Bunka-chō), les organisations religieuses déclaraient, au 31 décembre 2024, environ :

49 % de fidèles appartenant à des organisations shintoïstes
46 % de fidèles appartenant à des organisations bouddhistes
1 % de fidèles appartenant à des organisations chrétiennes
4 % relevant d’autres religions

Ces chiffres sont calculés à partir des déclarations des organisations religieuses. Ils ne correspondent donc pas nécessairement au nombre de personnes qui se considèrent personnellement comme croyantes. Les méthodes de comptage varient selon les organisations, et une même personne peut être comptabilisée dans plusieurs traditions. Le total atteint environ 175 millions de fidèles, soit près de 1,4 fois la population du Japon.

Mais qu’en est-il de la façon dont les Japonais se définissent eux-mêmes ?

Une enquête menée par la NHK, le diffuseur public japonais, en 2018 apporte un éclairage différent. Lorsqu’on leur demandait quelle religion ils pratiquaient habituellement, 62 % des répondants déclaraient n’en avoir aucune. Parmi les autres réponses, 31 % mentionnaient le bouddhisme, 3 % le shintoïsme et 1 % le christianisme.

Ces résultats ne sont pas contradictoires : les statistiques des organisations religieuses et les déclarations individuelles ne mesurent pas la même chose.

Pourquoi tant de Japonais se disent-ils sans religion ?

Je me souviens de ma première expérience en France, lorsque j’étais étudiante. Quelqu’un m’a demandé : « Quelle est ta religion ? » J’ai répondu que j’étais athée, et j’ai été surprise de constater que ma réponse étonnait mon interlocuteur.

Au Japon, la question peut être comprise différemment. Pour beaucoup de personnes, la religion n’est pas nécessairement une identité à laquelle on adhère explicitement. Elle fait aussi partie des traditions familiales, des fêtes et des habitudes culturelles.

Par exemple :

  • À la naissance d’un enfant, de nombreuses familles se rendent dans un sanctuaire shintoïste pour une cérémonie de bénédiction.

  • Lorsqu’un proche décède, les funérailles sont souvent organisées selon les rites bouddhistes.

  • Avant un examen important, certains vont prier dans un sanctuaire pour réussir. D’autres se rendent dans un temple pour demander de la chance en amour.

  • Pour un mariage, certains couples choisissent une cérémonie de style occidental dans une chapelle, tandis que d’autres préfèrent une cérémonie shintoïste dans un sanctuaire, vêtus de kimonos traditionnels.

Participer à ces cérémonies ne signifie pas nécessairement que l’on se considère comme membre d’une religion ou que l’on adhère à l’ensemble de ses enseignements.

Peut-on être à la fois bouddhiste et shintoïste ?

Oui, et c’est l’un des aspects les plus intéressants de la culture religieuse japonaise.

Le bouddhisme s’est implanté au Japon au VIe siècle, alors que les pratiques liées aux kami existaient déjà. Au fil des siècles, les deux traditions ont coexisté et se sont profondément influencées. Elles n’étaient pas systématiquement considérées comme incompatibles : il était possible de rendre hommage aux kami tout en pratiquant le bouddhisme.

Cette longue histoire explique en partie pourquoi, aujourd’hui encore, de nombreux Japonais participent à des rites issus des deux traditions sans ressentir de contradiction.

Au XIXe siècle, sous l’ère Meiji, le gouvernement a au contraire mis en place une politique de séparation entre le shintoïsme et le bouddhisme. Cette histoire complexe a profondément transformé les lieux de culte et les pratiques religieuses au Japon.

Mais comment distinguer concrètement un sanctuaire shintoïste d’un temple bouddhiste ? Et pourquoi trouve-t-on encore des traces de cette histoire dans certains lieux ?

C’est ce que nous découvrirons dans un prochain article consacré à la relation entre le shintoïsme et le bouddhisme au Japon, ainsi qu’aux différences entre sanctuaires et temples.

Et si vous souhaitez découvrir Tokyo et ses traditions avec un regard local, je vous invite à explorer mes visites guidées privées en français à Tokyo.

Sources :
NHK Broadcasting Culture Research Institute — « Comment les attitudes et les pratiques religieuses des Japonais ont-elles évolué ? » (2019). Consulter le rapport (PDF)
Agence japonaise des affaires culturelles (Bunka-chō) — Statistiques religieuses du Japon, édition 2025 (données au 31 décembre 2024). Consulter le rapport (PDF)